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Tana Toraja, voyage en terres de traditions indigènes

Par on 17 septembre 2017

Après quelques jours à Makassar nous prenons la route en direction de Rantepao dans la région de Tana Toraja où vit le peuple Toraja, littéralement le « peuple des hautes terres ». Pas étonnant donc qu’ils vivent dans ces terres perdues dans les hauteurs des montagnes de Sulawesi du sud.

Aujourd’hui les Torajas sont majoritairement de confession chrétienne mais il n’en a pas toujours été ainsi. A l’origine animistes, les Torajas suivaient les préceptes de l’ « Aluk To Dolo » (la voie des ancêtres) jusqu’au début du 20ème siècle lorsqu’ils se sont quasiment tous convertis au christianisme suite à l’arrivée des missionnaires hollandais. De nos jours, la plupart des pratiques animistes de ce peuple ont disparu à l’exception des rites funéraires qui tiennent une place très importante dans leur culture.

La vie au milieu des rizières

Nous sommes à peine arrivés à Rantepao que le dépaysement est déjà là. Sur les routes des dizaines de scooters roulent dans tous les sens et klaxonnent continuellement. Sur le bord de la route on voit beaucoup de chiens, de chèvres et aussi de buffles ! Et pour la première fois depuis le commencement de notre voyage en Asie, nous voyons de nombreuses églises et très peu de femmes voilées. Pas de doute : ici ce n’est plus l’islam qui domine, mais le christianisme. Cependant certaines choses ne changent pas : il y a beaucoup de déchets dans les fossés. Pas étonnant : rien que dans notre véhicule plusieurs personnes ont jeté leurs emballages plastiques par les fenêtres durant le trajet.

Au coeur de cette agitation le sourire des torajas.

Au coeur de cette agitation le sourire des Torajas.

A deux kilomètres du centre de Rantepao on trouve le marché de pasar bolu qui a lieu tous les six jours. Moi qui adore déambuler dans les artères des marchés je n’ai pas été déçue ! Un vrai concentré de couleurs, de senteurs et de scènes de vie.

Ici les étalages sont à même le sol.

Ici les étalages sont à même le sol.

Quand ils ne sont pas entrain d’acheter les aliments habituels (riz, poissons, fruits, légumes…), les locaux s’affairent à négocier le prix des buffles, des cochons et des coqs. Les cochons adultes sont attachés à des bambous, prêts à être transportés, et les porcelets sont retenus dans des sacs. On ne les sort que pour les montrer, les inspecter et les marchander.

Les malheureux ne risquent pas de s'échapper.

Les malheureux ne risquent pas de s’échapper.

Dans la culture toraja les buffles sont symboles de pouvoir et de richesse et ont un rôle déterminant dans les cérémonies funéraires. Pour ces raisons ils coûtent très cher, surtout les buffles albinos, et les négociations ne sont pas à prendre à la légère.

La taille des cornes, la couleur et la masse de la bête permettent de déterminer un prix.

La taille des cornes, la couleur et la masse de la bête permettent de déterminer un prix.

Non loin de là l’ambiance est différente. Il suffit de faire quelques kilomètres pour se retrouver au milieu des célèbres rizières asiatiques. Nous engageons donc un chauffeur qui nous conduit jusqu’à Batutumonga, un très petit village situé sur les pentes du mont Sesean qui culmine à 1243 mètres. De là, la vue est superbe : on peut voir toute la vallée recouverte de jungle et de rizières.

La récolte du riz a déjà débuté.

La récolte du riz a déjà débuté.

Sur le chemin du retour nous passons par Lo’ko Mata, Lempo et Tinimbayo. Les rizières sont tellement belles ! Sous les rayons du soleil elles dévoilent un camaïeu de verts et de jaunes. J’aurai pu rester de longues heures à admirer ces paysages. Les buffles se baignent dans la boue des rizières pendant que les locaux travaillent méticuleusement à ramasser le riz ou à le battre pour en récolter les grains, protégés du soleil par leurs fameux chapeaux pointus.

Rapide leçon sur les différents types de riz.

Rapide leçon sur les différents types de riz.

Tongkonan, l’habitation traditionnelle toraja

Si la vie du peuple Toraja peut sembler similaire à celle de nombreux autres peuples asiatiques, sa culture indigène lui donne une identité toute particulière et une renommée touristique. L’emblème le plus iconique de cette culture est sans aucun doute la tongkonan. Cette maison typique est facilement reconnaissable grâce à son toit en forme incurvée. Certains disent qu’il représente un bateau ; pour d’autres il s’agit de cornes de buffles. De nombreuses cornes de buffles sont d’ailleurs empilées sur les facades des maisons et l’on retrouve cet animal, ainsi que le coq, représenté sur les sculptures du bois des tongkonans.

Rouge, noir et jaune sont les couleurs utilisées pour ces sculptures.

Rouge, noir et jaune sont les couleurs utilisées pour ces sculptures.

Traditionnellement les toits étaient construits en bambous mais maintenant ils sont faits de plus en plus à base de métal car cela coûte moins cher.  Il existe des tongkonans de différentes tailles. Souvent les plus grandes servent d’habitation ou de lieu de regroupement alors que les plus petits sont des espaces de stockage du riz.

Les tongkonans de Ke'te Kesu.

Les tongkonans de Ke’te Kesu.

Le village Ke’te Kesu est le plus connu pour admirer ces habitations traditionnelles. C’est aussi le site le plus accessible que nous avons visité. Depuis le parking il y a un chemin qui mène aux tongkonans. A partir de là le sol est recouvert de genres de pavés mais comme ils sont bien tassés ça reste praticable en fauteuil roulant. Ke’te Kesu est également le seul site sur lequel j’ai vu un magasin de souvenirs accessible. Par contre impossible d’utiliser les toilettes car ils sont situés après des escaliers et sont  » à la turque ». Il y a également un cimetière derrière le village mais il n’est pas accessible.

L'entrée de Ke'te Kesu pour aller aux tongkonans.

L’entrée de Ke’te Kesu pour aller aux tongkonans.

Avant d’arriver à Tana Toraja je pensais qu’il n’était possible de voir les tongkonans qu’à certains endroits comme dans ce village. En réalité il y en a vraiment partout. Sur le retour nous nous arrêtons d’ailleurs dans un autre petit village traditionnel pour visiter un atelier de tissage. Toutes les pièces sont tissées à la main par deux femmes. Elles se servent de fils qu’elles fabriquent à partir de coton, ananas, soie… Selon la taille, les motifs et le type de fil employé cela peut prendre jusqu’à trois semaines. Pour tisser les femmes sont assises par terre, maintenues par un siège en bois dont certaines parties sont faites à base de bambou, de corne ou  de peau de buffles. Le travail est très méticuleux. Le résultat est magnifique.

Deux semaines sont nécessaires pour tisser ce sarong.

Deux semaines sont nécessaires pour tisser ce sarong.

Les surprenants sites funéraires torajas

Si les maisons tongkonans sont emblématiques de Tana Toraja, l’importance de la mort et les rites funéraires qui l’entourent sont l’attrait principal de cette région. En effet ces rites, hérités de leurs anciennes croyances animistes, sont très différents de tout ce que nous pouvons connaitre.

Après des cérémonies funéraires spectaculaires les défunts des familles les plus aisées et notables sont enterrés dans des caveaux creusés dans des falaises. Souvent ces caveaux sont en hauteur et/ou verrouillés pour éviter qu’ils ne soient pillés. En effet ce peuple croit que l’on peut amener ses richesses avec soi dans l’au-delà. Les morts sont donc parfois enterrés avec des objets de valeur. Dans les familles qui disposent de moins de moyens les cercueils sont simplement posés sur des poutres en hauteur.

Les tombes du site de Lemo.

Les tombes du site de Lemo.

Près de ces caveaux les Tau-Tau, figurines en bois à l’effigie des défunts, se dressent sur des balcons encastrés dans la falaise. De cette manière les personnes décédées peuvent continuer à regarder les vivants et inversement. Sur certains sites funéraires, notamment à Londa et Loko Mata, les cercueils et les tombes sont entourés de nombreux crânes et os qui sont entassés un peu partout. On trouve aussi près des caveaux des bouteilles d’eau, de la nourriture et même des cigarettes que les vivants continuent d’apporter aux morts.

Quelques-uns des nombreux crânes.

Quelques-uns des nombreux crânes.

Il y a de nombreux endroits à Tana Toraja où il est possible d’observer ces tombes. Nous avons visité les sites funéraires de Londa, Lemo, Loko Mata, Suaya (tombe d’un roi) et de Bori’ Kalimbuang. J’ai d’ailleurs bien aimé ce dernier sur lequel il y a de nombreux mégalithes. L’accès à ces lieux de sépultures vous coûtera de 20000 à 30000 IDR à chaque fois.

Les mégalithes de Bori' Kalimbuang.

Les mégalithes de Bori’ Kalimbuang.

Il peut malheureusement arriver que des bébés meurent. Dans ce cas ils sont déposés dans des trous creusés dans le tronc d’un arbre spécial prévu à cet effet. Les trous sont ensuite fermés par des fibres de palmier. On dirait des petites fenêtres. Ce n’est pas très joli et cela peut apparaitre étrange mais je trouve une certaine poésie à cette pratique. En effet en mettant ces bébés dans l’arbre les Torajas pensent que cela leur permet de continuer de grandir en même temps que l’arbre et ainsi d’atteindre le ciel et l’au-delà.

Les tombes de bébés sur le site de Kambira.

Les tombes de bébés sur le site de Kambira.

Malheureusement voir ces tombes de bébés n’est pas possible pour tout le monde car il faut descendre un long escalier (équipé d’une rampe).

Comme Kambira les autres sites funéraires sont assez difficiles d’accès pour les personnes à mobilité réduite. Le site de Lemo se situe en bordure d’une rizière. On peut voir les tombes de loin mais si l’on veut s’approcher il faut descendre les escaliers puis faire quelques mètres sur un chemin avant de faire face à quelques rochers sur lesquels il faut grimper pour avoir une vue optimale. Selon moi c’est l’un des plus beaux sites funéraires de Tana Toraja mais malheureusement l’accessibilité n’est pas au rendez-vous. Tout comme pour Lemo, les tombes de Londa peuvent être observées depuis une certaine distance mais pour s’en rapprocher il y a de nombreuses marches.

Dans les rizières à Lemo.

Dans les rizières à Lemo.

Les sites funéraires de Suaya, Lo’ko Mata et Bori’ Kalimbuang sont plus facilement accessibles. A Suaya il y a seulement quelques marches et un court chemin un peu bosselé qui séparent le parking des tombes et des Tau-Tau que l’on peut voir de près.

Il n’y a pas de marches à Lo’ko Mata. Le site est sur le bord de la route. Le chemin est étroit et boueux mais on est très près des caveaux.

A Bori’ Kalimbuang il y a des marches mais on voit bien le site (et ses mégalithes) depuis la route. On peut donc l’observer depuis la voiture si on le souhaite. Néanmoins vous ne pourrez voir le cimetière pour bébés et la maison avec les deux-cents cornes de buffles que si vous montez des marches.

Accessibilité à Rantepao

Si vous comptez visiter la région de Tana Toraja vous serez sans-doute amenés à vous établir pour quelques jours à Rantepao. Voila donc les informations que j’ai pu récolter durant mon séjour :

  • Concernant l’hébergement. Nous avons séjourné à l’hôtel Misiliana. Notre chambre était assez spacieuse pour s’y déplacer en fauteuil roulant, de même que la salle de bain. Il n’y a pas de siège de bain ni de barre d’appui mais il n’y a aucun obstacle au sol et c’est vraiment très grand (voir la galerie de photos). Malheureusement pour entrer dans la chambre il y a une petite marche (voir la galerie de photos). Le reste de l’établissement est accessible. Il y a des chemins sur lesquels on roule très bien et des rampes pour se rendre un peu partout dont au restaurant où le petit-déjeuner est servi. L’établissement est propre et le cadre est sympa mais il fait vieillot et on est loin de l’ambiance indonésienne authentique. Côté tarif c’est cher pour l’Indonésie (770000 IRD pour une nuit).
Chemins extérieurs à l'hôtel Misiliana.

Chemins extérieurs à l’hôtel Misiliana.

  • Je n’ai vu aucun toilette public adapté à Rantepao.
  • Les trottoirs sont difficiles d’accès, endommagés et encombrés par de nombreux objets. Il faut donc rouler sur la route.
  • Les transports en commun, bemo et bentor, ne sont pas adaptés du tout pour les fauteuils roulants.
  • Pour sortir de la ville et aller voir les différents sites nous avons engagé un chauffeur privé. Le véhicule n’est pas adapté mais on a de la place et le conducteur nous aide et va à notre vitesse.
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