Accessibilité Asie Malaisie

Visiter Penang en fauteuil roulant en 4 jours

Par on 16 février 2018

Il y a quelque temps j’avais commencé à vous raconter notre voyage en Malaisie. Je vous avais surtout fait découvrir Kuala Lumpur alors aujourd’hui je vous amène hors de la capitale, sur l’île de Penang. Pas de plages de rêve au programme. Ce qui attire les touristes à Penang c’est George Town,  une ancienne cité coloniale dont le centre-ville est classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Aux alentours de la ville nous avons également pu visiter des temples, se balader dans des parcs et admirer l’île depuis le sommet d’une colline. Et puis, pour les gourmands, Penang c’est aussi le berceau des meilleures spécialités culinaires du pays. Pas étonnant avec tout ça que j’ai beaucoup apprécié cette étape de notre séjour en Malaisie.

George Town, du colonialisme au street-art

Architecture coloniale et religieuse

Loin d’être une tranquille petite ville où se baladent seulement les touristes, George Town est en réalité la deuxième plus grande ville du pays. En 1786 les Britanniques y ont établi leur première colonie d’Asie du sud-est. En s’y baladant, on peut voir de nombreux bâtiments témoignant du passé colonial de la ville. Du fait des multiples ethnies aux différentes croyances ayant peuplé l’île, ces bâtiments ont parfois des architectures très différentes et surtout c’est ici que l’on trouve le plus de bâtiments construits avant la seconde guerre mondiale en Asie. Cela explique que la partie la plus ancienne de la ville soit classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Quand les cultures colonialistes britanniques et chinoises se rencontrent.

Quand les cultures colonialistes britanniques et chinoises se rencontrent.

Sur l’île de Penang, comme dans toute la Malaisie péninsulaire, trois religions sont très présentes : l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme. En se promenant dans la ville on peut voir des temples hindous et bouddhistes ainsi que des mosquées. C’est d’ailleurs à Penang que j’ai visité ma première mosquée, la mosquée Kapitan Keling. Mais avant de commencer la visite nous devons nous couvrir en signe de respect.  Franck habille donc ses jambes alors que je recouvre mes épaules, mes jambes et ma tête. Nous devons aussi retirer nos chaussures. Et oui même si je reste dans mon fauteuil !

Prête pour la visite ! 

Prête pour la visite !

A l’intérieur le calme règne. Pour l’instant les tapis de prière sont vides. Ce n’est pas l’heure de la prière. Une jeune guide nous accompagne, nous explique les fondements de l’islam et nous propose de développer sur des sujets tels que « la place des femmes dans l’islam » et « l’islam et le terrorisme ». Des petits feuillets explicatifs sont également à disposition à l’entrée de la mosquée. Ce n’est pas la première fois que nous remarquons cette volonté de lutter contre l’amalgame entre terrorisme et islam depuis notre arrivée en Malaisie. Déjà à Kuala Lumpur nous avions vu une grande banderole évoquant le sujet juste en face de la mosquée nationale.

Accessibilité : Au début du chemin menant à la mosquée il y a des plots empêchant les fauteuils roulants de passer. Le guide se trouvant près de l’entrée de la mosquée peut retirer les plots pour rendre l’accès possible. Si vous n’arrivez pas à attirer son attention depuis le début du chemin, n’hésitez pas à envoyer un émissaire ! A la fin de ce chemin il y a une marche pour entrer dans la mosquée.

Un peu fatigués de marcher ? Les conducteurs de trishaws n'attendent que vous !

Un peu fatigués de marcher ? Les conducteurs de trishaws n’attendent que vous ! 

Le street art à l’honneur

Après avoir visité la mosquée nous continuons notre balade dans les rues de George Town. Moi qui aime beaucoup le street art (quand c’est bien fait !) je suis comblée. De nombreux murs de la ville sont recouverts de graffitis. Certains représentent des scènes de la vie quotidienne et d’autres sont plus humoristiques. De nombreux passants, habitants de Penang ou touristes, prennent plaisir à se mettre en scène dans ses décors qui semblent avoir été peints dans cet objectif.
Un vrai terrain de jeu !

Un vrai terrain de jeu !

Chew Jetty, quartier historique flottant

Malgré la présence de boutiques souvenirs qui atteste d’un développement touristique des lieux, j’ai beaucoup aimé me balader dans ces petites ruelles. J’ai trouvé une atmosphère calme et sereine à cet endroit plein de charme. Nous avons sans doute eu de la chance qu’il y avait si peu de monde. Du coup nous avons pu nous balader tranquillement sur ces jetées construites sur des pilotis. En s’éloignant de la jetée principale, nous découvrons une ambiance plus authentique et des petites ruelles où vivent encore certains Malaisiens. Peu à peu les petites échoppes de souvenirs laissent place à des scènes de vie du quotidien.

Vue sur la mer au bout de la jetée.

Vue sur la mer au bout de la jetée.

Promenades entre parcs et temples de Penang

Penang hill

Penang hill est l’endroit parfait pour voir à quoi ressemble l’île de Penang. Depuis le sommet de cette colline culminant à plus de 800 mètres, la vue est superbe. On peut observer l’île, le continent ainsi que la bande d’océan et les ponts les reliant.

Une belle vue malgré un temps nuageux.

Une belle vue malgré un temps nuageux.

L’intérêt principal d’une visite à Penang Hill est sans aucun doute la vue mais il y a aussi une petite mosquée et un temple hindou à découvrir si vous le souhaitez. Ce sont loin d’être les plus beaux édifices religieux de Malaisie mais tant qu’à être monté jusqu’au en haut autant en profiter un maximum !

Accessibilité : Penang Hill est l’un des sites touristiques les plus accessibles que nous ayons visités en Malaisie. Pour monter en haut de la colline il faut prendre un funiculaire. Bonne surprise : ce funiculaire est gratuit pour les personnes handicapées (peu importe la nationalité) alors qu’il coûte 30MYR aller-retour pour un adulte non Malaisien. Accéder au funiculaire en fauteuil roulant se fait sans difficulté. Il y a un portail adapté et du personnel vous accompagne jusqu’à ce que vous soyez à l’intérieur du funiculaire. Cet accompagnement est le bienvenu puisqu’il y a un espace avec dénivelé entre le quai et le funiculaire qui nécessite une aide.
On ne dirait pas vu ma tête mais tout c'est très bien passé !

On ne dirait pas vu ma tête mais tout c’est très bien passé !

Une fois en haut, près du point de vue, il y a des toilettes réservés aux personnes à mobilité réduite mais il est impossible de se transférer latéralement depuis le fauteuil roulant. Côté restauration, je n’ai pas vu d’accès pour fauteuil roulant pour entrer dans le restaurant. Il faut donc se rabattre sur le food court. Celui-ci est sur deux étages. L’étage du bas n’est pas accessible mais celui du haut l’est.
D’après le lonely planet il est possible de rejoindre à pied le parc botanique depuis le haut de Penang Hill. En général 5 kilomètres et 1h30 de marche ne me font pas peur mais dans ce cas là ce n’était vraiment pas une option. Les pentes et montées du chemin sont bien trop raides pour un fauteuil roulant. Il y a des véhicules de type 4×4/pick-up qui amènent les touristes au jardin botanique pour 80MYR par personne mais ils ne sont pas adaptés. Au final nous irons au jardin botanique un autre jour en prenant un Grab directement depuis notre hôtel.

Le temple Kek Lok Si

Une fois redescendus en bas de la colline en ayant emprunté le funiculaire, nous décidons de commander un Grab pour aller jusqu’au temple bouddhiste Kek Lok Si. Nous avons bien fait car ça monte beaucoup. A notre arrivée nous ne savons pas vraiment où donner de la tête : nous voilà entourés par des pagodes, une gigantesque statue de bronze et des statues de pierre. Certaines représentent des dragons, d’autres créatures traditionnellement représentées dans les temples asiatiques ou des bouddhas. D’autres, plus rigolotes, mettent en scène des animaux.

Si vous regardez bien vous pouvez voir les sculptures sur les colonnes en arrière-plan et les nombreuses couleurs de peintures sur les poutres en bois.

Si vous regardez bien vous pouvez voir les sculptures sur les colonnes en arrière-plan et les nombreuses couleurs de peintures sur les poutres en bois.

En me rapprochant des temples je découvre la beauté de leurs détails. Les bois sont peints de nombreuses couleurs et certaines colonnes sont recouvertes de minutieuses sculptures.

Accessibilité : Si vous y allez en taxi, Uber ou Grab, demander à votre chauffeur de vous déposer sur le parking tout en haut (où il y a la grande statue) car la pente est raide.

Le jardin botanique

Finalement ce n’est que le surlendemain que nous visitons le jardin botanique de Penang, le plus vieux de Malaisie. Une balade bien agréable où l’on peut observer des familles de singes et durant laquelle nous avons eu la grande surprise de tomber quasiment nez à nez avec… un scorpion ! Et pas un petit ! Celui-là faisait bien 10 centimètres et n’était qu’à une trentaine de centimètres de moi quand je l’ai vu ! Coup de chaud assuré ! Après m’être mise à distance de sécurité, j’ai quand même pu filmer pour vous montrer la bouille bien sympa de cette petite bête et l’aspect rassurant de son dard !

Accessibilité : Il est tout à fait possible de se balader en fauteuil roulant dans le jardin botanique. Le chemin traversant le parc au milieu n’est pas accessible pour les fauteuils roulants. Il vaut mieux prendre les chemins qui font le tour du parc. Ceux-ci sont par moment pentus et selon votre condition physique il est possible que vous ayez besoin d’un accompagnateur si vous êtes en fauteuil roulant manuel.

Pour aller au bassin de nénuphars il y a deux chemins. Je vous conseille de prendre celui le plus près de l’entrée du jardin botanique. Sur l’autre il y a des marches.

Les toilettes pour personnes handicapées ne sont pas utilisables car il est impossible de faire demi-tour avec le fauteuil à l’intérieur. De plus, lors de mon passage, la porte ne fermait pas.

Penang, capitale malaisienne de la street food

Penang est connue pour la diversité et la qualité de sa cuisine. Alors gourmands que nous sommes, nous n’avons pas pu nous empêcher d’aller goûter tous ces plats locaux. Je dois avouer qu’en quatre jours nous avons passé beaucoup de temps à manger et à errer dans les marchés nocturnes de la ville ! La réputation de Penang n’est pas mensongère : la nourriture est bien la meilleure du pays et même la meilleure que j’ai goûté durant notre voyage en Asie du sud-est (Malaisie, Singapour, Indonésie et Birmanie). On trouve les spécialités de Penang mais aussi tous les plats indiens et chinois que l’on peut manger partout dans le pays. En plus c’est vraiment pas cher. J’ai beaucoup aimé le char key teow, un plat de nouilles plates frites dans de la sauce soja et des épices et mélangées avec des crevettes, des pousses de soja, des œufs et des petits bouts de lard des fois. Quant à Franck, il a eu un vrai coup de cœur pour l’assam laksa, une soupe épicée à base de nouilles de riz et de poisson. Côté sucré on a fondu pour l’apam balik, une crêpe au lait de coco très souvent fourrée aux brisures de cacahuètes.

Assam Laksa

Assam Laksa

Accessibilité : Malheureusement beaucoup de restaurants ne sont pas accessibles en fauteuil roulant. Le marché de Lebuh Presgrave est partiellement accessible. Seule la partie du marché donnant sur la rue est facilement praticable en fauteuil roulant. Il est vraiment difficile de circuler dans les allées intérieures car elles sont étroites et gorgées d’obstacles.

Accessibilité à Penang

  • Si vous le souhaitez, vous pouvez vous rendre à Penang directement par avion car il y a un aéroport vers lequel des vols depuis les grandes villes asiatiques sont régulièrement opérés. Sinon, Penang étant une île, pour s’y rendre il faut traverser un long pont en voiture ou emprunter un ferry. Nous choisi de traverser en bateau. L’embarquement s’est bien passé : accéder au bateau est facile puisque les piétons (avec ou sans roulettes) y rentrent par le même endroit que les véhicules donc il n’y a pas de marches. Une fois sur le ferry nous restons où nous sommes arrivés car il n’y a pas d’autres étages. Pas de problème donc pour les utilisateurs de fauteuil roulant. Pour les personnes qui ont besoin de s’asseoir il y a des sièges. Cependant se rendre au terminal d’embarquement (côté continent) a été difficile en raison de travaux de réaménagement. En effet, lorsque nous y étions, au mois de juillet 2017, les travaux forçaient les piétons à emprunter de nombreux escaliers pour se rendre au ferry. Pour pallier au problème un service gratuit de navette était proposé pour rejoindre le terminal des ferry depuis la station de bus. Cette navette est censée être réservée prioritairement aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées et aux femmes enceintes mais de nombreuses autres personnes l’empruntent et ne respectent pas la priorité. J’ai même dû me fâcher contre une femme qui demandait au chauffeur de ne pas me prendre car mon fauteuil allait prendre trop de place ! Cette navette n’est pas du tout accessible. Il faut pouvoir monter des marches pour s’y installer et un fauteuil roulant non pliable me parait difficile à faire rentrer dans le coffre. Ne parlons même pas d’un fauteuil électrique ! Espérons que ces travaux finissent vite (peut-être est-ce déjà le cas ?) et que le trajet entre le terminal des bus et celui des ferry soit accessible !
Embarquement sur le bateau.

Embarquement sur le bateau.

  • Une fois sur place nous avons marché lorsque nous restions dans George Town et lorsque nous avions besoin de nous rendre à des endroits plus éloignés nous utilisions Grab, l’équivalent asiatique des Uber. Il n’y a pas de véhicules adaptés pour accueillir un fauteuil roulant mais si vous êtes en mesure de vous transférer et que votre fauteuil roulant est pliable c’est une solution qui fonctionne.
  • Lors de nos quelques jours à Penang nous avons séjourné au Summer Tree Hotel. L’entrée de l’hôtel est équipée d’une rampe. Celle-ci est trop pentue pour la monter seul en fauteuil roulant (du moins en fauteuil roulant manuel) mais cela n’est pas un problème car il y a tout le temps une personne qui arrive aider tout de suite. A l’intérieur des ascenseurs permettent de se rendre aux étages. Notre chambre était très spacieuse donc je pouvais y circuler en fauteuil roulant sans problème. Toutefois la salle de bain et les toilettes ne sont pas adaptés et il est impossible d’y entrer en fauteuil roulant.  Il n’y a pas de barre d’appui pour les toilettes et il est nécessaire d’être capable de prendre sa douche debout.

  • Selon les quartiers de George Town il est plus ou moins facile de se déplacer en fauteuil roulant. Chinatown est la partie la plus accessible de la ville dans laquelle je me suis rendue. En effet il est possible de traverser le quartier chinois en remontant la rue « Campbell Street » très facilement. Il y a des rabaissements à chaque bout de trottoirs et j’ai même vu une place de stationnement réservée pour les personnes handicapées. Seul problème que j’ai rencontré : une terrasse installée sur un trottoir. Je n’ai donc roulé sur la route que quelques mètres.  A l’inverse j’étais quasiment tout le temps sur la route dans Little India. En effet dans le quartier indien soit il n’y a pas de trottoirs soit ils sont encombrés.
  • Pour les gourmands en fauteuil roulant, je vous conseille d’aller manger une fois au Red Garden. C’est accessible et l’on peut y goûter plein de plats locaux.

 

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